"Grand Paris Développement", le "1er magazine de l'actualité économique du Grand Paris", publie dans son numéro 4 (Automne 2012) un dossier sur le quartier d'affaires de La Défense : "La Défense, Renouveau ou redressement ?". "Malgré l'abandon de projets symboliques, le premier quartier d'affaires européen est en plein chantier. Sur fond de difficultés financières", écrit le magazine. Christophe Grébert, président de l'association MaDéfense.info et conseiller municipal Modem de Puteaux, répond dans ce numéro à une longue interview sur la situation de La Défense du point de vue d'un élu local.
Voici l'intégralité de cet entretien :
"A l’heure de ces grands chantiers et de leurs nuisances, comment se passe la concertation avec la population ?
Malgré ce que peuvent avancer les 2 établissements publics, EPADESA et Defacto, qui co-gèrent désormais le quartier de la Défense, il y a en réalité très peu de concertation avec les Défensiens (les habitants de La Défense) et avec les populations environnantes (Puteaux, Courbevoie, Nanterre…).
Les chantiers sont avalisés technocratiquement par l'EPADESA. Il y bien des enquêtes publiques, comme partout, mais leur publicité est très limitée. Par exemple, vous ne trouverez rien sur internet. Il faut se déplacer en mairie. Mais laquelle ? Les habitants de Courbevoie, concernés par les nuisances de la tour Phare, ont du se rendre à la mairie de Puteaux. Pour le projet Arena 92, qui concerne aussi les habitants de Puteaux et de Courbevoie, il faut aller à Nanterre ! De plus, ces dossiers sont particulièrement conséquents et techniquement compliqués. Il est difficile pour tout à chacun de les comprendre.
Nous sommes loin d'une véritable démocratie participative ! Et pourtant, ces chantiers ont chaque fois des conséquences sur la vie de dizaines de milliers de personnes. Tant que les populations ne seront pas vraiment informées, on favorisera le morcellement territorial et le petit jeu des intérêts politiques locaux. C'est pourquoi l'association MaDéfense.info, que je préside et qui regroupe les élus démocrates de La Défense, a proposé la création d'une intercommunalité des communes de Puteaux, Courbevoie, Nanterre, Suresnes, Rueil-Malmaison, La Garenne-Colombes, directement concernées par le quartier en terme d'activités économiques, de transport et de logement, afin d'influer réellement sur les projets qui y sont lancés.
Ces travaux peuvent-ils affecter la dalle ?
Nous n'avons aucune certitude sur ce point. Des études ont été menées, notamment sur le sous-sol de la Tour Phare qui serait particulièrement fragile. Nous demandons à avoir accès à ces études. Ce qui est certain, c'est que la dalle est vieillissante. Ainsi, il semble que récemment une fuite de canalisation a empêché la circulation du métro entre Pont de Neuilly et La Défense. La sécurité des tunnels est un autre point noir. Des rénovations partielles ont déjà été entreprises, mais ce mille-feuilles, en construction-reconstruction depuis un demi-siècle, nécessitera un jour prochain des travaux de rénovation de grande ampleur. La question qui nous préoccupe en tant qu'élus locaux, c'est qui va payer ? L'Etat ou nos collectivités ? Personne n'ose l'annoncer.
Quelles sont les tours concernées par les litiges et recours ?
2 projets nous préoccupent particulièrement : Phare et Hermitage. Phare, pour les nuisances que cette tour va entraîner pour des milliers d'habitants de Courbevoie. Certains immeubles d'habitations perdront plusieurs heures d'ensoleillement chaque jour. Aucun parking supplémentaire n'est prévu. Et les transports au commun déjà saturés le seront encore plus. La Défense est redevenu ce qu'il était avant la construction des tours : un centre de vie et plus seulement un centre d'affaires. Il faut prendre en compte cette nouvelle donne.
Pour Hermitage, nous dénonçons les conditions d'expropriation et d'expulsion des habitants du quartier des Damiers. A l'heure, où chacun connait la difficulté à se loger, ce projet entraîne la disparition de centaines de logements, certains sociaux, pour permettre la réalisation d'une tour de luxe réservée à quelques milliardaires. De plus, et à titre personnel, je trouve ce projet extrêmement laid. Mais ce projet Hermitage verra-t-il le jour ? En fait, j'en doute. Je précise que je suis un amoureux de La Défense. J'y ai travaillé et vécu.
Vous l'évoquiez pour Phare, comment analysez-vous la situation des transports actuels et futurs ?
Les transports sont saturés. Quand une panne a lieu soit sur la ligne A du RER, soit sur la ligne 1 du métro, c'est tout de suite invivable. Le prolongement du tramway T2 n'y changera rien. Et Eole n'arrivera à La Défense qu'en 2020, voire 2025. D'ici là, les employés et les habitants de La Défense continueront d'être traités comme du bétail. Les premiers aménageurs de La Défense avaient prévu le prolongement du métro, bien avant sa réalisation effective. Dans les années 60, les gares ont précédé la construction des tours. Aujourd'hui, cela ne semble plus être le soucis. C'est pourtant, la qualité de vie de 200.000 habitants et de plus de 200.000 salariés qui est en jeu ici.
Qu’a apporté la fusion entre l’Epad et Seine-Arche ?
Pour les populations, rien. Mais pour les promoteurs, beaucoup de nouveaux projets en perspective. Il faut rappeler qu'en 2000, l'EPAD recouvrait Nanterre aussi et que l'établissement a été scindé en 2 pour que Nanterre ait plus de poids dans les décisions sur son territoire. La fusion a permis une extension de superficie de l'OIN (Opération d'Intérêt National) : de nouveaux terrains ont été intégrés, sur La Garenne-Colombes notamment. Cela a aussi permis de dissimuler les difficultés financières de l'EPAD.
Que sait-on de la santé financière de l’Etablissement public ?
Les déclarations des uns et des autres sont contradictoires. Le président du conseil général des Hauts-de-Seine Patrick Devedjian est alarmiste. Selon l'EPADESA, présidé par le maire de Puteaux Joëlle Ceccaldi-Raynaud, tout va bien dans le meilleur des mondes. En réalité, nous ne disposons d'aucune donnée fiable. Le déficit cumulé prévu pour 2010-2016 a été estimé à 160 millions d'euros. Nous sommes dans un système de cavalerie : c'est la vente de droits à construire qui finance l'entretien de La Défense… Mais La Défense nécessite toujours plus d'entretien, donc l'obligation de vendre toujours plus de m2 de bureau. Ce système ne peut pas fonctionner éternellement.
La Défense enrichit-elle toujours autant des communes comme Puteaux ?
Oui, Puteaux demeurera encore longtemps une ville riche grâce aux entreprises de La Défense. La réforme de la Taxe Professionnelle a en effet permis aux villes qui ont des entreprises de services de s'enrichir, car elles dégagent plus de valeur ajoutée. Après, il faut prendre en compte les effets de péréquation, tels le Fonds de solidarité des communes de la région d'Ile-de-France (Puteaux y participe cette année à hauteur de 12 millions d'euros). Cette richesse risque de diminuer sérieusement ! Elle pourrait même s'envoler si un jour on demandait aux collectivités de La Défense de prendre en charge les futures rénovations de la dalle. C'est, il me semble, le vrai débat à venir".
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